Tenir bon, c’est gouverner avec grandeur
Il est des douleurs qui ne font plus de bruit, parce qu’on les a trop longtemps ignorées. La Guinée est aujourd’hui ce pays fatigué, abîmé par des promesses non tenues, des transitions sans fin, et des élites qui confondent gouverner avec se servir.
Lorsque le Président de la Transition, Mamadi Doumbouya, a pris l’engagement de ne pas se présenter à l’élection présidentielle, nous avons accueilli cette parole avec gravité. Car elle portait en elle une rareté dans notre histoire politique : celle d’un renoncement volontaire au pouvoir. Et jusqu’à preuve du contraire, le MEPG choisit de croire à cette parole. Non par naïveté, mais parce que nous savons que l’homme, aujourd’hui plus que jamais, se tient au cœur d’un tourbillon de pressions — multiples, invisibles, insistantes.
Ce n’est pas lui que nous combattons. C’est le système qui l’enlace, qui le pousse, qui le tente, qui cherche à le détourner de sa promesse. Ce système fait de calculs froids, de fidélités intéressées, de reconductions déguisées. Il ne veut pas le bien de la Guinée. Il veut sa propre survie.
Et dans cette logique, l’immoralité atteint son sommet quand on instrumentalise les plus vulnérables. Quand un jeune homme ou une femme, privé·e d’instruction, devient le visage d’une campagne qu’il ou elle ne comprend pas. Quand on leur prête des mots qu’ils n’ont pas choisis, qu’on les expose sans les protéger — alors il ne s’agit plus de politique, mais d’une mise en scène cruelle. Et lorsque les projecteurs s’éteignent, il ne reste rien. Juste une silhouette oubliée, rendue à l’ombre, comme tant d’autres avant elle.
Ce n’est pas seulement une faute politique. C’est une faute morale. Le reflet d’un système qui ne respecte ni la dignité humaine, ni la vérité, ni l’avenir.
Mais nous, peuple de Guinée, nous ne sommes pas dupes. Nous savons que la vraie politique ne se joue pas dans les simulacres, mais dans les actes. Elle ne se mesure pas au nombre de tee-shirts distribués, mais à la capacité de transformer la vie des citoyens. Il est temps, enfin, de relever le niveau du débat politique dans notre pays.
Il nous faut des idées, pas des slogans. Des engagements tenus, pas des promesses recyclées. Une politique à hauteur de dignité, à hauteur de conscience, à hauteur de peuple.
À Monsieur le Président de la Transition, Mamadi Doumbouya, nous adressons nos prières. Nous savons qu’il pense se tenir seul seul face aux pressions, seul face aux attentes, seul face aux silences. Mais qu’il en soit rassuré : dans ce pays, la vérité ne laisse jamais un homme seul. Tenir sa parole, dans un monde qui l’oublie trop vite, n’est pas une faiblesse c’est une grandeur. Et cette grandeur, loin d’isoler, rassemble. Elle fédère tous ceux qui croient encore que la politique peut être un acte de conscience.
S’il tient sa promesse, il ne sera pas seulement un homme de transition. Il deviendra un repère, une mémoire, une dignité incarnée. Il ne marchera pas seul : il marchera avec le peuple, avec l’histoire, avec la vérité.
Et que nul n’oublie :
Le MEPG gardera toujours bon espoir. Car la Guinée, telle une rivière blessée mais jamais tarie, a toujours survécu à ceux qui voulaient la détourner de son cours. Et elle survivra encore.
Tribune du MEPG – Mouvement pour l’Émancipation du Peuple de Guinée
Par Ibrahima Sory Camara, Coordinateur national

