Dans la région de Boké, à plus de 300 km de Conakry, le prix du kilogramme de noix cajou se négocie entre 2500 à 3 500 francs guinéens contrairement aux années précédentes où la même mesure se négociait à plus de 15.000 francs guinéens. L’impact du covid-19 est passé par là et la situation inquiète les producteurs locaux qui ont du mal à écouler leurs récoltes. Refletguinee.com a fait immersion dans le quotidien de ces producteurs partagés entre peur et inquiétude.
Lancée le 02 avril dernier par le ministère du commerce, la campagne de commercialisation de la noix de cajou pour l’année 2020-2021 ne connait pas d’affluence. Elle est fortement perturbée par la pandémie de Coronavirus qui a mis aux arrêts presque toutes les activités économiques et restreint les déplacements des personnes et les biens.
L’année dernière, les autorités avaient interdit aux étrangers comme les indiens, les chinois et les arabes qui sont les potentiels acheteurs de noix de cajou à un prix très élevé d’en acheter directement dans les mains des agriculteurs, dans la préfecture de Boké. Cette année, les producteurs sont confrontés à un autre obstacle, la fermeture des frontières à cause du covid-19 en Guinée.
Alpha Camara, producteur, garde son mal en patience. Il espère qu’après la crise sanitaire tout redeviendra normal. En attendant il continue la récolte et achète dans les mains des agriculteurs pour stocker.
« Vraiment cette année ont rencontre énormément de difficultés. Parce que les acheteurs ne sont pas venus à cause de la maudites maladies du COVID-19. Les prix varient du jour au jour. Il y a beaucoup de cajous, mais il y en pas d’acheteurs. Je peux avoir six à huit sacs par jour. Je ramasse actuellement et j’achète aussi. Le kilogramme actuellement c’est 3000GNF. J’ai de l’argent pour acheter dix tonnes. J’achète et je ramasse aussi, je ne suis pas pressé. Apres la crise sanitaire, je vais appeler mon client (l’indien) et l’informer, il viendra peut-être » a-t-il souhaité.

Tout le monde n’a pas les mêmes moyens que Camara. Pour d’autres producteurs, la récolte était l’unique espoir désormais qu’il n’ y pas d’acheteur, la situation est difficile. Certains d’entre eux trouvent difficilement à manger dira un producteur sous l’anonymat jurant que beaucoup de ses camarades sont dans la même situation.

Mory Kaba est propriétaire de magasin. Il se tourne vers le Tout Puissant à qui il de demande de mettre fin au coronavirus qui est la cause du ralentissement des activités économiques.
« C’est lui (Dieu) qui est à l’origine de cette catastrophe. Donc invoquons-le avec des prières afin qu’il nous éloigne de cette pandémie du Coronavirus. Les partenaires viendront ensuite nous acheter des noix de ajou. Si la crise prend fin rapidement, chacun gagne son intérêt, même l’état ».
C’est toute la chaine qui est impactée, les transporteurs aussi souffrent à cause de la crise.
« S’il n y a pas de mouvement, on ne gagne rien. Nos revenus sont proportionnels à nos déplacements pour transporter les produits », témoigne Lamarana Diallo.
Par contre, des acheteurs locaux trouvent leurs comptes dans cette crise. L’absence d’étrangers qui incitaient selon eux les producteurs à augmenter les prix est une aubaine.
« Actuellement j’achète le kilogramme à 3500 alors qu’avant on achetait 5000 et parfois même à 15000 francs guinéens. Aujourd’hui, nous disons Dieu merci, les prix sont très abordables », explique Sekou Savané avec un large sourire.

Elhadj Mamadou Alimou Diallo, président de la chambre régionale du commerce de Boké, invite l’Etat à envisager de mesures d’écoulement de la production à fin de venir en aide aux producteurs.
«Je demander humblement à l’Etat si possible qu’il rachète la production dans les mains des producteurs pour ne pas qu’ils perdent leurs récoltes », a-t-il plaidé.
Lors de la campagne précédente, les acheteurs se bousculaient dans la région. Ce qui a fait l’affaire des producteurs mais à ce rythme, celle qui est en cours risque d’être désavantageuse pour les nombreux producteurs locaux. Le covid-19 restera à jamais dans leurs mémoires. Car même s’ils n’ont pas contracté le virus, ils auront été victimes de la pandémie.
N’diré Diallo depuis Boké pour refletguinee.com

