Violences et pillages se multiplient depuis vendredi en Afrique du Sud après l’incarcération de l’ancien président Jacob Zuma. Les autorités, qui appellent au calme, évoquent plus d’une quarantaine de morts.
Plusieurs dizaines de personnes sont mortes dans des violences et pillages qui secouent l’Afrique du Sud depuis plusieurs jours, notamment dans la province du Kwazulu-Natal, dans l’est du pays.
Dans cette province, les violences ont commencé le 9 juillet, jour de l’incarcération de l’ancien président Jacob Zuma. Le bilan y est désormais de 26 morts, a annoncé son Premier ministre, Sihle Zikalala, lors d’une conférence de presse. Il a notamment précisé que plusieurs de ces décès avaient eu lieu lors de “bousculades dans ce contexte d’émeutes”, sans préciser de lieu.
Dix-neuf autres personnes ont trouvé la mort dans l’agglomération de Johannesburg, selon le bilan actualisé des autorités locales. Ces décès s’ajoutent aux six morts confirmés lundi soir par le président Cyril Ramaphosa.
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Glaçant détail, qui n’en est pas un : une bonne partie de ces victimes ont été piégées dans des bousculades lors de pillages lundi dans plusieurs centres commerciaux du pays. À Soweto, immense township jouxtant Johannesburg, les corps de dix personnes ont été retrouvés dans la soirée, plusieurs heures après qu’une foule pressée eut dévalisé le centre commercial Ndofaya.
Jeunes hommes et enfants à la recherche de nourriture et d’objets à revendre
Les images des pillages ont montré des foules compactes et désordonnées, chacun se précipitant pour récupérer téléviseurs géants, vélos pour enfant, sièges de bureau, couches, conserves… Tout ce qui peut être emporté.
Dans les magasins pillés et mis à sac, les premiers émeutiers, souvent des hommes jeunes, ont été rejoints par toutes les autres franges de la population, y compris des enfants, à la recherche de nourriture ou d’équipements à revendre, dans un contexte économique dégradé par les restrictions mises en place fin juin pour contrer une troisième vague de Covid-19.
Les forces de l’ordre, visiblement en minorité, ont tiré des balles en caoutchouc pour disperser les mouvements de foule, suscitant la course paniquée de fuyards sur les parkings de centres commerciaux. Ou encore dans les rues des principales villes touchées, aux trottoirs jonchés de bris de verre et déchets, et bordés de bâtiments et voitures en feu.
“La police est débordée”, a répété face aux caméras le Premier ministre provincial, en venant constater une partie des dégâts à Soweto, tandis que le président Cyril Ramaphosa, “le cœur lourd”, a souligné lundi soir le caractère inédit de ces violences depuis l’avènement de la démocratie post-apartheid.
Routes bloquées, pillages, incendies
À ce jour, 757 personnes ont été arrêtées, la majorité à Johannesburg, a précisé le ministre de la Police, Bheki Cele. Ce dernier s’est engagé à ce que la situation “ne se détériore pas davantage”, alors que les pillages se poursuivaient à vive allure, notamment à Soweto où des soldats ont commencé à patrouiller sur place, selon l’AFP, et à Pietermaritzburg, la capitale de la province de Kwazulu-Natal.
Tôt dans la matinée, les chaînes locales ont montré des dizaines de femmes, certaines en robe de chambre, aux côtés d’hommes et d’enfants débarquant dans une boucherie, dans la zone de Diepkloof à Soweto. Ils ont vidé les chambres froides et sont sortis en courant. Un agent de sécurité privé, seul, se tenait debout, impuissant. La police ne s’est présentée que trois heures plus tard pour disperser et arrêter les derniers pillards.
Dans la nuit, policiers et agents de sécurité privée armés jusqu’aux dents ont longuement affronté des émeutiers dans le quartier dégradé de Jeppe, près du centre de Johannesburg, a constaté l’AFP.
Les premier incidents, avec des routes bloquées et des camions incendiés, ont eu lieu vendredi, au lendemain de l’incarcération en pays zoulou de l’ancien président Jacob Zuma, condamné à une peine de prison ferme pour outrage à la justice. Les violences, pillages et incendies se sont ensuite propagés ce week-end à l’agglomération de Johannesburg, capitale économique du pays.
Le président Ramaphosa a rappelé, sévère, que si les “frustrations et la colère” exprimées avaient “des racines politiques”, “aucune cause ne peut justifier” ces violences.
Avec AFP

