Ouvert ce vendredi 27 mars 2026 à Conakry, le forum national sur le féminisme en Guinée réunit, pendant deux jours, des actrices et acteurs engagés autour d’un même objectif : dresser un état des lieux sans détour et impulser des actions concrètes en faveur des droits des femmes.
Dans une atmosphère studieuse et engagée, le forum national sur le féminisme a lancé ses travaux avec une ambition claire : dépasser les discours pour s’attaquer aux réalités. Initiée par les Amazones de la Presse Guinéenne, en collaboration avec Feminist Opportunities Now (FON), la rencontre rassemble des responsables institutionnels, des journalistes, des militantes et des représentants de la société civile.

Dès l’ouverture, le message est sans équivoque : la situation des femmes en Guinée reste préoccupante et appelle des réponses urgentes. Parmi les personnalités présentes, la ministre de la Femme, de la Famille et des Solidarités, Patricia Lamah, ainsi que la vice-présidente du Conseil national de la transition, Maimouna Yombouno, ont marqué l’importance accordée à cette initiative.
Mais au cœur des échanges, ce sont surtout les réalités de terrain qui ont dominé. La vice-présidente des Amazones de la Presse Guinéenne, Hassatou Lamarana Bah, a appelé à un diagnostic lucide, estimant que le féminisme en Guinée ne peut être dissocié des défis sociaux majeurs auxquels les femmes sont confrontées.
Violences basées sur le genre, mariages précoces, mutilations génitales féminines : autant de problématiques évoquées lors des discussions. Des données partagées au cours du forum font état d’un nombre encore élevé de cas de viol chaque année( 200 cas repertoriés), d’une prévalence importante des mutilations génitales féminines et d’un taux préoccupant de mariages avant la majorité. À cela s’ajoute une perception persistante des violences conjugales comme relevant du domaine privé, freinant leur dénonciation.
Face à ce constat, les organisatrices insistent sur la nécessité d’un changement de paradigme. Il ne s’agit plus seulement de sensibiliser, mais d’agir de manière structurée et durable. Le forum prévoit notamment la formation de jeunes filles aux mécanismes juridiques de protection, ainsi que la mise en réseau des initiatives féministes à travers le pays.
Les médias sont également placés au cœur de cette dynamique. À travers leurs plateformes, les Amazones de la Presse Guinéenne entendent contribuer à une meilleure compréhension des enjeux en donnant une voix aux femmes et en mettant en lumière des parcours souvent invisibilisés.
Du côté des autorités, Patricia Lamah a rappelé que l’État a un rôle central à jouer, notamment en matière d’accès à la justice et de protection des victimes. Elle a appelé à une collaboration renforcée entre les institutions, les organisations de la société civile et les communautés.
Pour sa part la vice-présidente du CNT, Maïmouna Yombouno a insisté sur l’importance de l’autonomisation économique des femmes, qu’elle considère comme un levier essentiel pour garantir leur indépendance et renforcer leur capacité à faire valoir leurs droits. Elle a notamment invité les femmes à prendre part aux écheances électorales qui pointent à l’horizon.

Au fil des interventions, une idée s’impose : le féminisme en Guinée évolue, mais reste confronté à des résistances socioculturelles importantes. Pour les participantes, l’enjeu est désormais de structurer le mouvement, de renforcer les synergies et de transformer les engagements en résultats concrets.
Ce forum se veut ainsi un point de départ pour une nouvelle dynamique. Entre constats, échanges et perspectives, les participantes sont appelées à formuler des recommandations capables d’influencer durablement les politiques publiques et les mentalités.
À terme de cette première journée, une conviction se dégage : le combat pour les droits des femmes est en marche, mais il nécessite une mobilisation collective et continue pour produire un véritable impact.
Bhoye Bah, refletguinee.com

