Le parti au pouvoir veut doter à tout prix la Guinée d’une nouvelle constitution synonyme pour beaucoup d’observateurs á tort ou á raison, de prolongation du bail du président Alpha Condé á la tête du pays. Face donc à cette volonté manifeste des partis politiques d’opposition, des organisations de la société civile, des artistes ont décidé de s’ériger en rempart contre tout tripatouillage de la constitution. Pour cela, ils ont “enfanté” un mouvement appelé Front National pour la Défense de la Constitution. Un mouvement donc qui réuni plusieurs entités. Sa particularité, on retrouve au sein de cette vaste coalition des forces aux intérêts antagoniques.
Si au niveau des organisations de la société civile membres de ce front il n’ya pas grand-chose á dire par contre au niveau des forces politiques il y’a á craindre sur la sincérité du combat, qui pourtant est noble car il vise á éviter les erreurs du passé celles de permettre á un individu de s’éterniser au pouvoir. Et certains acteurs qui ont pris une part active á la création d’une présidence á vie se retrouvent aujourd’hui au Front National pour la Défense de la Constitution. Mais là n’est pas le problème. Là où j’ai des craintes c’est par rapport á l’agenda que chacun des partis aurait. Quand vous prenez par exemple l’UFDG et l’UFR, les deux principales forces politiques d’opposition ont-elles le même agenda? Entre les deux leaders de ces deux partis á savoir Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré ce n’est pas le parfait amour. Il existe une guerre d’égo entre ces deux anciens premiers ministres. On se souvient de cette pique du président de l’UFR á l’égard du leader de l’UFDG. ” Le beau chat qui n’attrape pas la souris”
Si on fait retour en arrière, en 2015 alors que l’opposition discutait de la nécessité d’aller ou non á la présidentielle avant même d’attendre de savoir la position des opposants, Sydia Touré était déjà en région forestière pour lancer sa campagne pour mettre ainsi l’opposition devant le fait accompli. Faut-il craindre que le même scenario ne se reproduise en 2020? C’est á dire au cas où Alpha Condé réussirait á faire le forcing.
L’autre inquiétude, c’est la conviction de certains leaders du FNDC issus surtout des partis politiques. Il faut dire que certains d’entre eux ont attendu leur renvoi du gouvernement pour devenir des opposants coriaces. Quelle garantie avons-nous aujourd’hui que demain si le président Alpha Condé leur propose un quelconque poste ministériel, ils ne vont pas retourner leurs vestes voir même les déchirer comme ça a toujours été le cas de plusieurs de nos hommes politiques « versatiles ». Ce ne sont surtout pas Makanéra Kaké et Papa Koly Kourouma qui me diront le contraire. Faut-il faire confiance á Me Abdoul Kabélé Camara et á Siaka Barry par exemple qui ont longtemps travaillé avec Alpha Condé. Ce dernier ne va-t-il pas un jour leur faire un appel du pied quand on sait qu’il a fini avec la « roublardise politique », c’est un renard politique prêt á tout, mettre même en jeu des ministères d’Etat pour s’offrir des opposants les plus farouches. Le cas Aboubacar Sylla est une parfaite illustration. Du porte-parole de l’opposition au ministre d’Etat, porte-parole du gouvernement, il n’ya qu’un très petit pas. Ne font-ils pas utiliser le FNDC comme un tremplin pour avoir des strapontins? Pour le moment accordons-leur le bénéfice du doute. Et l’avenir nous édifiera.
Mamadou Lamine Barry, journaliste et analyste politique
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