LETTRE OUVERTE À SON EXCELLENCE LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
Objet : Pour une sécurisation urgente de la route Kindia–Mamou afin de mettre fin aux tragédies répétitives et sauver des vies humaines
À Son Excellence le Général Mamadi Doumbouya
Président de la République, Chef de l’État
Excellence Monsieur le Président,
C’est avec une profonde émotion, une immense tristesse et un sentiment d’urgence que je prends la plume pour attirer votre haute attention sur la situation dramatique de la route nationale reliant Kindia à Mamou.
Permettez-moi, avant toute chose, de saluer votre vision de développement ainsi que les efforts considérables que vous déployez depuis votre accession à la magistrature suprême. Sous votre leadership, la Guinée connaît une transformation remarquable de ses infrastructures. Des routes, des ponts, des ports, des ouvrages énergétiques et de nombreux autres projets structurants voient le jour, traduisant votre volonté de poser les bases d’un développement durable.
Cette ambition s’inscrit pleinement dans la vision du programme Simandou 2040, dont le développement des infrastructures constitue l’un des piliers majeurs. Une route n’est pas seulement un ouvrage de génie civil ; elle est un vecteur de croissance économique, d’intégration nationale, de mobilité, de sécurité et d’espoir.
Cependant, Excellence Monsieur le Président, une route moderne ne doit pas uniquement permettre de circuler rapidement ; elle doit avant tout garantir que chaque citoyen arrive vivant à destination.
Le récent accident survenu sur la route Kindia–Mamou, qui a coûté la vie à au moins quinze de nos compatriotes, a profondément bouleversé notre pays. Malheureusement, ce drame n’est pas un événement isolé. Depuis plusieurs années, cet axe stratégique reliant la Basse-Guinée à la Moyenne-Guinée est régulièrement le théâtre d’accidents particulièrement meurtriers qui endeuillent notre Nation.
Pour de nombreux Guinéens, emprunter cette route est devenu une véritable source d’angoisse. Chaque voyage commence désormais par une prière, tant les dangers de cet itinéraire sont connus.
Mais derrière les chiffres se cachent des vies humaines, des familles brisées, des enfants devenus orphelins, des parents privés de leurs enfants, des compétences perdues et des rêves brutalement interrompus.
Parmi les victimes figurait mon professeur de comptabilité, le Docteur Salian Kouyaté. Pour moi, comme pour des milliers d’anciens étudiants, il n’était pas seulement un enseignant. Il était un homme de savoir, un pédagogue d’exception, un formateur de générations entières de cadres guinéens et un modèle d’intégrité intellectuelle. Sa disparition constitue une perte immense pour l’enseignement supérieur, pour le monde académique et pour la République.
À ses côtés, plusieurs autres cadres de l’administration publique, notamment du secteur des finances, ainsi que de nombreux citoyens anonymes, ont également perdu la vie. Chacun d’eux représentait une richesse pour notre pays, une famille, une expérience et une contribution précieuse au développement national.
Excellence Monsieur le Président,
La fatalité ne peut plus être invoquée.
Les difficultés de cet axe sont parfaitement connues : relief montagneux, fortes pentes, longues descentes, virages particulièrement dangereux, brouillard durant certaines périodes de l’année et circulation intense de poids lourds transportant des marchandises, des hydrocarbures et des produits miniers.
À ces contraintes naturelles s’ajoutent malheureusement des facteurs humains tels que l’excès de vitesse, les dépassements dangereux, la fatigue des conducteurs, la surcharge des véhicules et le mauvais état mécanique de certains engins.
Face à cette situation préoccupante, je me permets de soumettre respectueusement à votre haute appréciation plusieurs propositions susceptibles de sauver durablement des vies humaines :
* renforcer de manière permanente les contrôles routiers sur l’axe Kindia–Mamou grâce à une présence accrue des forces de sécurité et des services compétents ;
* imposer un contrôle technique rigoureux et périodique des véhicules de transport en commun ainsi que des poids lourds ;
* installer une signalisation moderne, des glissières de sécurité, un marquage au sol de haute visibilité, des voies de détresse pour les poids lourds lorsque cela est possible, ainsi que des équipements de protection dans les zones les plus accidentogènes ;
* créer plusieurs postes permanents de secours équipés d’ambulances médicalisées, de personnels qualifiés et de moyens d’intervention rapide afin de réduire le temps de prise en charge des victimes ;
* intensifier les campagnes nationales de sensibilisation destinées aux conducteurs professionnels sur le respect du Code de la route, la prévention de la fatigue au volant et la sécurité routière.
Je sollicite également votre haute attention afin que soient étudiés des avenants aux contrats des entreprises en charge des travaux routiers sur cet axe. Ces avenants pourraient permettre d’intégrer, lorsque les études techniques, économiques et environnementales le justifient, des travaux complémentaires consistant à découper certains massifs rocheux, réduire les reliefs montagneux, adoucir les fortes pentes, élargir la chaussée et rectifier les virages les plus dangereux.
Une telle approche, déjà mise en œuvre avec succès dans plusieurs pays confrontés à des reliefs similaires, permettrait de transformer durablement cet axe stratégique en une route plus sûre et plus adaptée aux exigences du trafic moderne.
Je propose également qu’une mission d’expertise nationale et internationale soit constituée afin d’identifier avec précision les points noirs de la route Kindia–Mamou et de recommander les solutions techniques les plus efficaces pour éliminer définitivement les causes récurrentes des accidents.
Excellence Monsieur le Président,
Vous avez engagé la Guinée sur la voie des grandes transformations. Je demeure convaincu que cette ambition peut également faire de notre pays une référence en matière de sécurité routière.
Construire des routes est un acte de développement.
Construire des routes sûres est un acte de protection des citoyens.
Le décès du Docteur Salian Kouyaté, des cadres de l’administration, des travailleurs, des étudiants, des commerçants, des chauffeurs et de tous les autres compatriotes disparus ne doit pas rester une simple statistique.
Que leur mémoire inspire des décisions courageuses afin que plus jamais la route Kindia–Mamou ne soit synonyme de deuil.
Aujourd’hui, le peuple guinéen place son espoir dans votre leadership, votre vision et votre engagement en faveur de l’intérêt général.
Il aspire à ce que chaque Guinéenne et chaque Guinéen puisse voyager en toute sécurité sur les routes de notre pays.
Parce que développer, c’est protéger.
Parce qu’une infrastructure n’a de véritable valeur que lorsqu’elle préserve la vie humaine.
Et parce qu’aucun projet de développement ne peut être pleinement réussi tant qu’il continue à coûter la vie à celles et ceux qu’il est censé servir.
Je vous prie d’agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.
Alpha Bacar Mansaré
Citoyen guinéen
Cadre de banque
Consultant en planification et développement

