Dans le secteur minier, la réussite d’un projet ne se mesure pas uniquement en tonnes extraites, mais aussi à la qualité des relations entretenues avec les communautés locales. À Moussaya, dans la préfecture de Forécariah, cette réalité a été au centre d’une immersion de terrain menée par des apprenants du Cabinet Émergence Legal Afrique (ELA), spécialisé en performance sociale, sauvegarde environnementale et gestion des conflits.
Après deux semaines de formation intensive, les participants ont quitté les salles de cours pour se rendre au cœur de cette mine de fer située à Yomboeli ( Moussaya). Objectif : confronter la théorie à la pratique et mieux comprendre les dynamiques réelles entre sociétés minières et populations riveraines.
Sur le terrain, les enseignements prennent une autre dimension. « Ce qu’on apprend dans le bureau, c’est la littérature, mais sur le terrain, c’est totalement différent », confie Fatoumata Diallo, participante à la formation. « Cela nous permet de mieux comprendre ce que les communautés vivent réellement, avec les impacts positifs comme négatifs. »
Une immersion qui a également marqué Djiba Maryté Diaré, pourtant déjà expérimenté dans le secteur. « Je suis dans les mines depuis plus de dix ans, mais ce n’était pas mon domaine. Aujourd’hui, j’ai compris que beaucoup de choses se passaient sans que je ne les voie », reconnaît-il. Avant d’ajouter : « Après la formation en salle, venir sur le terrain m’a permis de voir concrètement l’importance des relations communautaires. »
Du côté des acteurs locaux, le constat est nuancé. Harouna Camara, représentant du Comité de concertation des localités minières (CCLM), met en avant les avancées tout en reconnaissant les défis persistants. « Il y a eu des bénéfices comme la création d’emplois et l’accès à l’eau potable », explique-t-il. Mais il précise aussitôt : « Presque toute la communauté est impactée, notamment par la poussière, et certains villages ont été déplacés. »
Malgré ces difficultés, il insiste sur la nécessité du dialogue : « La collaboration entre la société et les communautés est globalement bonne, même s’il y a des manquements. Nous travaillons à maintenir cet équilibre. » Il évoque également des besoins urgents, notamment en infrastructures et en accompagnement des femmes dans les activités génératrices de revenus.
Pour le Cabinet Émergence Legal Afrique, cette immersion est bien plus qu’une simple visite. Elle constitue un pilier de la formation. « La gestion des relations communautaires ne se fait pas dans les bureaux, elle se vit sur le terrain », affirme Mariama Ciré Camara, Directrice du cabinet. « Nous voulons montrer que nos formations sont à la fois théoriques et pratiques, et surtout adaptées aux réalités. »
Elle se réjouit d’ailleurs de l’engagement des participants : « À les voir, on peut dire qu’ils sont satisfaits. Mais au-delà de la satisfaction, c’est leur capacité à comprendre et analyser le terrain qui compte. »
À travers cette initiative, le cabinet ELA entend former une nouvelle génération d’acteurs capables de concilier exploitation minière et cohésion sociale. Une démarche saluée par les apprenants, qui repartent avec une vision plus concrète et plus humaine des enjeux du secteur.
Dans les zones minières, le développement durable passe nécessairement par un dialogue constant et une cohabitation équilibrée entre entreprises et communautés.
Mamadou Bhoye Bah, pour Reflet Guinée

