Un bataillon avec l’armée française en tête déployée en Guinée forestière ? INFOX !

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Une séquence vidéo d’une minute 20 secondes, extraite d’un direct du facebookeur AGI le King, a été publiée le 07 février 2024 par le compte TikTok de Guineebuzz Officiel(lien archivé). Dans cet extrait de la vidéo de l’utilisateur AGI le King (lien archivé), il évoque “l’envoie des bataillons et des bataillons” le long de la région forestière par le Général à la retraite Aboubacar Sidiki Camara dit Idi Amine, reconduit le 13 mars à la tête du ministère de la Défense nationale, après la dissolution du gouvernement le 19 février dernier. Au moment de la rédaction de cet article, la vidéo a été vue plus de 200 000 fois et a comptabilisé près de  500 partages.

A la suite de ces nombreuses réactions, en cette période où le pays connaît la recomposition du gouvernement, dirigé par le Premier ministre Amadou Oury Bah, nommé le 29 février, la rédaction de GuineeCheck.org a décidé de vérifier l’authenticité de l’information contenue dans cette vidéo.

Le 07 février 2024, cette vidéo avec la mention “urgent” est devenue populaire sur TikTok. Sont également visibles des photos du Président de la Transition, le Général Mamadi Doumbouya, du Général à la retraite Idi Amine et du Colonel Balla Samoura, haut commandant de la Gendarmerie nationale. Quant au contenu de la vidéo, il fait cas d’un « déploiement des bataillons le long de la région forestière par le Général Idi Amine, le tout dirigé par l’armée française avec les dernières technologies, pour former une rébellion sur instruction du président Mamadi Doumbouya .»

Pour procéder à la vérification de ce prétendu déploiement “des bataillons le long en Guinée forestière”, nous avons sollicité la Direction de l’information et des relations publiques des armées (DIRPA). Mais si l’institution n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet, une source interne a démenti ces allégations, les qualifiant de mensonge et d’intox. « Quand il y a des trucs officiels, ils sont diffusés à travers les canaux de la DIRPA (…) Dans tous les pays du monde, aux frontières, il y a toujours la présence des postes de contrôle et de défense. Et il y a des patrouilles régulières qui se font. Ça ne veut pas dire qu’il y a problème. Avec ses effectifs, la Guinée va chercher quelle autre nationalité pour défendre son pays? Donc, ce que dit cet utilisateur de Facebook n’engage que lui », a déclaré notre interlocuteur qui a sollicité l’anonymat.

Pour savoir si des mouvements suspects ont été signalés dans la région, nous avons joint également Facely Konaté, journaliste et Coordinateur des antennes régionales du Groupe Hadafo Médias, basé à N’Zérékoré. « Aucune piste. J’ai appelé à la frontière guinéo-ivoirienne mais rien. Et il n’y a aucun mouvement suspect en ville », nous a-t-il confié.

Une monétisation de la désinformation 

Pour l’analyste politique, Kabinet Fofana, ce type de contenus suscite des réactions et génère de revenus grâce à la monétisation. « Il faut mettre tout ça dans un contexte numérique assez poussé, où les producteurs d’informations numériques sont à l’affût d’engagements, de réactions, notamment de la monétisation des pages Facebook ou TikTok. Il faut aussi voir comment ces acteurs numériques travaillent. Au-delà de ce qu’on appelle le travail d’info-médiation, tout ça est aidé par une sorte de contexte. Au lieu que ces producteurs de contenus ne soient que sur des faits divers, ils essaient de se positionner aussi sur l’actualité politique, des actualités qui peuvent brasser du monde et faire beaucoup d’engagements sur les réseaux sociaux », explique-t-il.

D’ailleurs, selon lui, ces informations délivrées par ces producteurs de contenus sont à prendre avec de grosses pincettes. Donc, pas besoin de paniquer. « La différence qu’il y a entre les lanceurs d’alertes et ces producteurs d’informations sur les réseaux sociaux qui ne sont intéressés que par le profit, par l’engagement que cela suscite, c’est tout le travail, le sérieux et la validité de ce qu’ils avancent. Mais il n’y a pas à paniquer, du moment que c’est une pratique qui devient de plus en plus importante, où des “blogueurs” se positionnent sur de l’actualité politique. Est-ce qu’il faut prendre ça au sérieux ? Je dirais que l’attitude la meilleure au monde est de prendre tout ça avec de grosses pincettes, car il y a toute une contradiction profonde dans ce qu’avance ces producteurs de contenus sur les réseaux sociaux », ajoute l’analyste.

Démenti d’une source au sein de l’Ambassade de France en Guinée 

Une source contactée au sein de la représentation diplomatique française en Guinée a démenti la présence de militaires français en Guinée forestière ainsi qu’au Fouta Djallon, une autre région guinéenne mentionnée par l’auteur de la vidéo. « Nous ne disposons pas de contingent militaire en Guinée. Et nous ne coordonnons pas non plus de déploiement de bataillons dans ces zones, ni d’établissement de bases arrière. Nous sommes dans la coopération avec les autorités guinéennes. Et donc, nous coopérons dans plusieurs domaines, notamment celui policier et militaire avec la Guinée, par des actions de formation en petit nombre, mais nous n’avons pas de responsabilité. Nous nous limitons à la formation (…) On nous voit partout, quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, on a une image difficile à changer, il y a un décalage entre ce qui se dit et la réalité (…) Nous n’avons pas de relation ambiguë avec la junte militaire qui dirige actuellement la Guinée, car nous ne soutenons pas la transition, nous l’accompagnons », nous confie notre interlocuteur qui a requis l’anonymat, à l’occasion d’un entretien physique organisé à Conakry.

Verdict 

Aucun bataillon n’a été déployé dans la région de la Guinée forestière par le Général à la retraite Aboubacar Sidiki Camara dit Idi Amine, ministre de la Défense nationale. L’armée française non plus ne gère de déploiement militaire dans une région en Guinée, avec les “dernières technologies”. A ce jour, il n’existe aucune preuve de formation d’une rébellion en Guinée forestière “sur instruction du président Mamadi Doumbouya”. Ces rumeurs sont toutes fausses.


Cet article a été rédigé par Elisabeth Zézé Guilavogui dans le cadre du projet d’Éducation aux Médias, à l’Information et au Numérique Plus (EMIN+) avec le soutien de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Il a été édité par Thierno Ciré Diallo et approuvé par Bhoye Bah.


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