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Home»INTERVIEWS»Assainissement : lucidité stratégique et réforme des comportements – Entretien avec le Ministre
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Assainissement : lucidité stratégique et réforme des comportements – Entretien avec le Ministre

RefletguineeRefletguinee25 février 2026
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Dans un contexte de mobilisation accrue contre l’insalubrité, RefletGuinee.com a échangé avec le Ministre de l’Assainissement, Aboubacar Camara, sur les mesures actuellement déployées. De nombreux observateurs notent une montée progressive de la prise de conscience citoyenne, ainsi qu’une visibilité accrue des actions de terrain.

Monsieur le Ministre, les populations saluent les efforts engagés. Toutefois, certains s’interrogent : pourquoi ne pas installer des poubelles le long des voies publiques ?

Il convient d’abord de rappeler qu’il y a quelques années, l’État avait effectivement installé des poubelles publiques le long des axes routiers. L’intention était pertinente : offrir aux passants des points de dépôt pour les déchets légers à usage personnel — mouchoirs, sachets, bouteilles d’eau consommées en circulation, peaux de fruits, etc.

Malheureusement, l’expérience de terrain a produit l’effet inverse. Ces points de collecte se sont progressivement transformés en dépotoirs sauvages. De nombreux ménages se sont massivement désabonnés des services de pré-collecte assurés par les PME, utilisant ces bacs publics comme solution alternative pour leurs déchets domestiques.

Le constat a été sans appel :

  • désorganisation de la chaîne de pré-collecte ;
  • affaiblissement économique des PME ;
  • découragement de l’abonnement des ménages ;
  • transfert progressif de la charge vers l’État.

Dans quel pays observe-t-on un système où l’État se substitue durablement aux ménages pour la gestion primaire de leurs déchets ? La comparaison avec certains pays voisins doit être faite avec rigueur : là où existent des poubelles publiques, elles s’appuient sur un fort niveau de civisme et de discipline collective.

Chez nous, la problématique est plus structurelle. Elle renvoie à l’éducation et à la formation des comportements dès le plus jeune âge. Il est préoccupant de constater que certaines écoles primaires, pourtant socle de la citoyenneté, présentent encore des insuffisances en matière d’hygiène.

Nous avons parfois inversé la pyramide : nos universités offrent de belles vitrines, tandis que l’environnement éducatif de base mérite d’être renforcé.

Un enfant qui grandit dans un cadre sain développe durablement les bons réflexes. À l’inverse, lorsque l’environnement banalise les incivilités — murs souillés, espaces communs négligés, lieux de culte entretenus uniquement à l’approche des grandes fêtes — nous entretenons un cercle vicieux.

Le problème dépasse donc la simple installation de bacs sur la voie publique. Il s’agit d’une question de responsabilité partagée et de maturité civique. L’État assumera son rôle, mais la société doit également se ressaisir.

Certains citoyens estiment que les PME ne sont pas toujours efficaces voir absentes dans plusieurs quartiers. Que faut-il faire ?

Les communes, les chefs de quartier et de secteur constituent les premiers maillons de régulation. Ils ont la responsabilité d’accompagner le Ministère dans le choix, le suivi et, si nécessaire, la mise en demeure des PME défaillantes.

Lorsqu’un opérateur ne respecte pas ses engagements, les ménages doivent saisir leurs autorités locales, qui assurent le relais avec l’administration centrale. À défaut, l’Agence nationale de salubrité publique (ANASP), bras opérationnel du Département, peut être formellement interpellée.

Nous observons cependant un paradoxe : les citoyens savent se mobiliser rapidement pour des litiges de voisinage — nuisances sonores, conflits divers — mais peinent à s’organiser collectivement pour signaler les dysfonctionnements dans la gestion des déchets.

Il faut également rappeler que les chefs de quartier ne se limitent pas à la délivrance de certificats de résidence, pas plus que les maires à la célébration des mariages. Ils portent une responsabilité communautaire d’écoute et d’orientation.

Par ailleurs, notre société doit réhabiliter l’image des métiers de la propreté. Trop souvent relégués au second plan, ils sont pourtant essentiels à la santé publique et à la dignité urbaine. Valoriser ces professions, c’est aussi créer des perspectives d’emploi pour de nombreux jeunes.

Qu’en est-il de la gestion des montants recouvrés par la Brigade de salubrité ?

Nous procédons actuellement à l’ouverture d’un compte spécial au Trésor dédié à ces ressources. L’objectif est double : transparence et efficacité.

Un dispositif de paiement électronique est en cours de mise en place afin de permettre, à terme, un autofinancement partiel des activités de la Brigade. Les fonds collectés serviront prioritairement à :

  • renforcer le dispositif opérationnel ;
  • moderniser les infrastructures de gestion des déchets ;
  • financer des campagnes massives de sensibilisation.

Parallèlement, nous travaillons avec le secteur de l’éducation pour introduire, dès le bas âge, la culture du tri et de la discipline environnementale. Autrefois, le nettoyage collectif des cours d’école et l’instruction civique faisaient partie intégrante du parcours scolaire. Ces pratiques doivent être réhabilitées.

Le nouveau cadre de professionnalisation des PME intégrera également une obligation d’éducation des ménages au tri à la source, avec la mise à disposition de sacs différenciés. Cette approche permettra de valoriser les déchets organiques, notamment dans le cadre de programmes de restauration écologique.

Ce que nous considérons aujourd’hui comme un déchet peut devenir une ressource.


Sur le volet assainissement, qu’est ce qu’on peut attendre du département dans les prochains jours notamment pour l’intérieur du pays?

Le Département reste conscient des défis opérationnels et comportementaux encore présents sur le terrain. Une feuille de route structurée est en cours de déploiement pour accompagner collectivités et PME vers des approches plus performantes.

Des ressources additionnelles sont en cours de mobilisation, car l’assainissement exige des investissements soutenus, tant en infrastructures qu’en éducation citoyenne.

Les efforts actuels sont concentrés sur la capitale pour des raisons d’impact systémique, sans que cela ne signifie une moindre attention pour l’intérieur du pays. La démarche est progressive et méthodique.

En deux mois, des responsables régionaux ont été désignés, des équipements acquis et la Brigade se déploie progressivement. La priorité demeure la formation des acteurs afin que la bonne volonté et la nécessaire fermeté ne dérivent jamais vers des pratiques inappropriées.

Avec l’appui du Gouvernement, l’engagement des collectivités et la mobilisation citoyenne, la transformation du secteur est possible — et elle est déjà en marche.

Propos recueillis par Lamine Barry pour refletguinee.com

Assainissement brigade de salubrité Conakry guinee
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Journaliste, Directeur de Publication de refletguinee.com

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