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Home»ACTUALITES»Bourses d’études et CPGE : ne transformons pas une bonne intention en détour coûteux
ACTUALITES

Bourses d’études et CPGE : ne transformons pas une bonne intention en détour coûteux

15 août 2026
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La volonté exprimée par Monsieur le Premier ministre, Chef du Gouvernement, Amadou Oury Bah, de privilégier la formation des meilleurs bacheliers guinéens au sein des Classes Préparatoires aux Grandes Écoles (CPGE) de Dalaba avant leur orientation vers les grandes écoles africaines et internationales, part d’une ambition légitime : renforcer la qualité de la formation scientifique en Guinée et retenir davantage nos meilleurs talents.

 

Mais cette orientation mérite d’être discutée avec réalisme. Former en Guinée avant d’envoyer à l’étranger peut sembler, à première vue, une solution rationnelle. Pourtant, elle risque aussi d’engendrer des dépenses supplémentaires et surtout de rallonger le parcours de jeunes qui, dans le système actuel, peuvent accéder directement à certaines formations à l’étranger.

 

 Pourquoi imposer deux années supplémentaires ?

 

Il faut se poser une question simple : quel est le gain réel pour l’État si un bachelier qui aurait pu bénéficier directement d’une bourse d’études à l’étranger doit désormais passer deux années à Dalaba avant de repartir à l’étranger ?

 

Pendant ces deux années, l’État devra prendre en charge davantage de dépenses : encadrement pédagogique, hébergement, restauration, équipements scientifiques, . À cela s’ajouteront ensuite les coûts liés à la bourse d’études à l’étranger.

 

Autrement dit, au lieu de réduire nécessairement la facture, cette politique pourrait simplement déplacer la dépense dans le temps, voire l’augmenter, tout en faisant perdre deux années à certains étudiants.

 

Il faut également tenir compte d’un autre élément : les bacheliers concernés peuvent retrouver, dans leur établissement ou leur pays de destination, des enseignements préparatoires ou des formations d’adaptation qui reprennent une partie des mêmes fondamentaux. Dans ce cas, leur imposer auparavant deux années supplémentaires à Dalaba risque de créer une forme de répétition du parcours, avec une perte de temps et des dépenses supplémentaires pour l’État.

 

Si, à l’issue de leur formation préparatoire, ces étudiants doivent de toute façon poursuivre leurs études à l’étranger, pourquoi leur faire suivre deux fois des enseignements similaires alors que l’objectif final reste le même ?

 

 Il faut préserver les deux voies plutôt que les opposer

 

Il faut aussi rappeler qu’il existe une catégorie de bacheliers particulièrement performants qui peuvent bénéficier de possibilités de formation à l’étranger directement après le baccalauréat. Ce mécanisme mérite d’être maintenu lorsqu’il permet aux meilleurs profils d’accéder rapidement aux formations correspondant à leur niveau et à leur projet.

 

Les CPGE de Dalaba ont, pour leur part, une mission tout aussi importante : offrir une préparation de haut niveau à des bacheliers qui n’ont pas forcément occupé les toutes premières places au baccalauréat, mais qui disposent du potentiel, des capacités scientifiques et de la motivation nécessaires pour réussir dans les grandes écoles.

 

C’est précisément là que les CPGE peuvent jouer un rôle stratégique.

 

Elles permettent à de nombreux jeunes talents de consolider leurs connaissances, d’acquérir une discipline de travail universitaire et de se préparer efficacement aux concours des grandes écoles africaines et internationales.

 

Pourquoi donc supprimer ou remettre en cause une voie qui permet à ceux qui n’ont pas été parmi les premiers au Bac de rattraper leur retard et de démontrer leur véritable potentiel ?

 

La meilleure politique serait plutôt de maintenir les deux mécanismes : permettre aux meilleurs bacheliers, lorsque les conditions sont réunies, de poursuivre directement leur formation à l’étranger, tout en renforçant les CPGE de Dalaba pour les autres bacheliers à fort potentiel.

 

 Le véritable enjeu n’est pas seulement de former, mais de donner un avenir aux diplômés

 

La question fondamentale de l’enseignement supérieur guinéen ne devrait cependant pas se limiter à savoir où former nos meilleurs étudiants.

 

Elle devrait surtout être : que deviennent-ils après leur formation ?

 

La Guinée a besoin d’ingénieurs, de statisticiens, d’économistes, de scientifiques et de cadres hautement qualifiés. Mais elle doit également être capable de leur offrir des perspectives professionnelles.

 

Investir des ressources importantes dans la formation de jeunes à l’intérieur ou à l’extérieur du pays sans créer parallèlement des emplois, des laboratoires, des centres de recherche, des entreprises et des opportunités d’entrepreneuriat revient à former des compétences dont le marché national ne pourra pas toujours absorber les profils.

 

La priorité de l’enseignement supérieur devrait donc être double : former des compétences de qualité et créer les conditions permettant à ces compétences de travailler et de produire en Guinée.

 

Il faut notamment développer l’entrepreneuriat des jeunes, faciliter l’accès au financement, encourager les les entreprises innovantes, développer les partenariats entre universités et entreprises et créer un environnement où un jeune diplômé peut transformer son savoir en emploi, en entreprise et en valeur ajoutée pour le pays.

 

 Former davantage, mais surtout former utilement

 

Le débat ne devrait donc pas opposer les CPGE de Dalaba aux bourses d’études à l’étranger. Les deux peuvent parfaitement coexister.

 

L’enjeu est de construire un système d’orientation intelligent, capable d’identifier les différents profils et de leur offrir le parcours le plus pertinent.

 

Pour certains, le départ à l’étranger juste après le Bac peut être la meilleure option. Pour d’autres, deux années de préparation à Dalaba peuvent constituer le tremplin indispensable vers les grandes écoles.

 

La Guinée n’a pas besoin d’un système qui impose le même parcours à tous. Elle a besoin d’un système qui valorise chaque talent en fonction de son potentiel et de son projet.

 

Retenir nos meilleurs bacheliers est une ambition respectable. Mais retenir les talents ne signifie pas nécessairement les empêcher de partir ; cela signifie surtout créer les conditions qui leur donneront envie de revenir, de travailler et d’entreprendre en Guinée.

 

C’est peut-être là que devrait se situer le véritable débat national sur l’avenir de notre enseignement supérieur : comment faire de chaque bourse, de chaque formation et de chaque diplômé un véritable investissement pour le développement de la Guinée ?

 

Moustapha TOUNKARA  

Enseignant et Chroniqueur d’émissions éducatives.

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