Les œuvres artistiques et littéraires guinéennes sont exploitées aussi bien sur le territoire national qu’à l’étranger. Mais leur identification insuffisante constitue, selon le Directeur général du Bureau guinéen des droits d’auteur (BGDA), un obstacle majeur à la récupération des revenus générés par ces exploitations.
« Il n’y a pas une œuvre qui n’a pas une exploitation », explique le Directeur général du BGDA. Selon lui, chaque œuvre créée peut être exploitée quelque part dans le monde et générer des revenus. Le problème se pose lorsque les organismes chargés de la gestion des droits ne disposent pas des informations permettant d’identifier précisément l’auteur et l’œuvre concernée.
« L’œuvre est exploitée. Encore moins qui l’a exploitée et ça génère combien. Vous savez pourquoi ? Parce que l’œuvre n’est pas immatriculée. L’œuvre n’a pas de code, l’œuvre n’a pas d’extrait de naissance, l’œuvre n’a pas de référence », déplore-t-il.
Pour remédier à cette situation, le responsable du BGDA insiste sur la nécessité d’attribuer à chaque créateur un identifiant international. Cet identifiant permet de reconnaître l’auteur dans les systèmes de gestion des droits à l’échelle mondiale.
À cette identification du créateur s’ajoute celle de l’œuvre. Les œuvres musicales doivent notamment disposer d’un code ISWC, qui permet de les identifier de manière unique dans les échanges entre organismes de gestion collective.

Le Directeur général du BGDA prend l’exemple des œuvres de plusieurs artistes guinéens, notamment Takana Zion. Les différents titres contenus dans ses albums doivent pouvoir être identifiés afin de permettre leur traçabilité lorsqu’ils sont exploités à l’étranger.
« Lorsque le titre “Black Mafia 2” de Takana est utilisé dans une boîte de nuit au Sénégal et que cette boîte paye de l’argent au bureau sénégalais des droits d’auteur, la société sénégalaise doit pouvoir se rendre compte que cette œuvre appartient à Takana », explique-t-il.
Grâce à cette identification, les droits générés par l’exploitation de l’œuvre peuvent être retracés et, en principe, transférés vers l’organisme compétent en Guinée afin d’être reversés à l’ayant droit.
Pour le responsable du BGDA, l’absence de codification ne signifie donc pas qu’une œuvre ne génère aucun revenu. Au contraire, une œuvre peut être largement exploitée et produire des droits sans que l’organisme guinéen soit en mesure de localiser et de récupérer ces revenus.
« Nous allons dire oui, tes œuvres génèrent de l’argent, mais malheureusement nous n’avons pas la capacité technique d’aller prendre où cet argent se trouve parce que l’œuvre n’est pas identifiée », souligne-t-il.
Le Directeur général estime par ailleurs que cette situation ne saurait être imputée aux artistes. Selon lui, les créateurs ne disposent pas nécessairement des moyens ni des prérogatives leur permettant de suivre eux-mêmes l’exploitation de leurs œuvres à travers le monde.
C’est tout l’enjeu de la gestion collective des droits d’auteur, confiée par l’État au Bureau guinéen des droits d’auteur. L’institution a pour mission d’agir au nom et pour le compte des créateurs afin de collecter les revenus issus de l’exploitation de leurs œuvres et de les redistribuer aux ayants droit.
« C’est la faculté que nous avons au bureau de travailler au nom de Takana, au nom de Grand P, au nom de Djelika Bintou, au nom de Amaza, au nom de tous les écrivains, en leur nom et à leur place, d’aller prendre leur argent », rappelle le Directeur général.
L’identification des auteurs et la codification des œuvres apparaissent ainsi comme des étapes essentielles pour permettre à la Guinée de mieux suivre l’exploitation de son patrimoine culturel et surtout de récupérer les revenus générés par les œuvres guinéennes au-delà des frontières nationales.

