Le Sénégal remet en service à petite allure une ligne de train pour la grande fête du Magal

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Le conducteur à casquette de la compagnie formule quelques prières et actionne le levier qui, après des années d’arrêt, fait repartir le petit train transportant des pèlerins en route pour le grand rassemblement musulman du Magal dans le centre du Sénégal.

Des dizaines de curieux, dansant et saluant de la main, se sont pressés au bord de la voie pour voir le train quitter la gare de Thiès (centre) dans de grands coups de sifflet avec une centaine de passagers à bord de ses quatre voitures pimpantes à l’allure rétro.

Il a fallu environ six heures au convoi à la livrée vert et gris pour couvrir à toute petite vitesse 130 km et arriver avec près de quatre heures de retard à destination, dans la ville sainte de Touba en prévision du Grand Magal de lundi.

L’arrivée parmi une foule nombreuse et sous les applaudissements a presque surpris les passagers après la traversée de champs de mil et de vastes étendues plates parsemées d’acacias, de baobabs et de villages à cases.

« Le trajet a été trop long », maugrée certes à la descente Mohamed Ndiaye, en boubou traditionnel multicolore.

« Je voulais assister à la prière du vendredi (en début d’après-midi) mais ce n’est plus possible à cette heure.Si les voyages doivent durer autant, je ne vais plus prendre la ligne », dit-il.

Le Sénégal a relancé la ligne à l’occasion du Grand Magal, la principale fête religieuse des mourides, une des plus importantes confréries musulmanes du Sénégal.

Le pèlerinage réunit chaque année des millions de personnes, selon les organisateurs.Il met des flots de fidèles sur les routes.

Avec l’attrait de la nouveauté et la solennité de cette période, les usagers du Thiès-Touba ont plutôt fait bonne figure et tué le temps comme ils pouvaient.

Mayoro Ndiaye, 67 ans, en boubou traditionnel blanc assorti à un bonnet noir, voulait être là.

« Le train nous manquait beaucoup.Quand j’étais jeune, je le prenais tout le temps avec mon père pour aller au Magal. Lorsque j’ai appris qu’il allait reprendre, j’ai amené toute ma famille pour faire le voyage », dit-il.

 

– Nostalgie –

« Le voyage est agréable, le train est spacieux, et on a le wifi à bord.C’est mieux que la route avec ses embouteillages », abonde Mohamed Ndour, 26 ans.

« Les populations étaient nostalgiques du train », assure Samba Ndiaye, directeur des Grands trains du Sénégal (GTS), la compagnie nationale.

Toutes les places ont été vendues pour la journée.Un certain nombre sont restées libres, mais c’était à dessein pour les tout premiers voyages, disait-il.

« Les passagers vont voyager dans le confort, avec l’avantage de savoir à quelle heure ils vont arriver », s’aventurait-il à l’heure du départ, faisant référence aux aléas du trajet par la route.

La reprise de la ligne est pour l’instant temporaire, à raison de quelques liaisons quotidiennes jusqu’à jeudi entre Thiès et Touba avec des arrêts à Diourbel et Mbacké.

La remise en service est présentée comme un jalon vers une reprise de l’activité ferroviaire.

Le train s’est arrêté au Sénégal en 2018 avec la fin du Petit train bleu qui desservait Dakar et sa banlieue et d’autres régions, mais que la vétusté des installations et le lancement prévu d’un Train express régional (TER) entre Dakar et la nouvelle ville de Diamniadio ont condamné.Le TER a commencé à circuler en décembre 2021.

Les chemins de fer ont longtemps joué un rôle significatif au Sénégal, transportant personnes et marchandises et faisant travailler des centaines de personnes.

Les vendeurs d’eau, de beignets ou de café attroupés devant les fenêtres du train lors des arrêts vendredi a rappelé l’effet dynamisant de la ligne.

Le train a emprunté sur un tronçon l’itinéraire historique de la ligne Dakar-Koulikoro via Bamako au Mali, construite entre fin du 19ème et début du 20ème siècles sous la colonisation française.La liaison a cessé il y a plusieurs années.

Mais le Mali vient lui aussi de ranimer en juin une partie de la ligne, entre Bamako et Kayes, près de la frontière sénégalaise.

AFP