Le dossier judiciaire impliquant l’ancien président de la délégation spéciale de Matam, Badra Koné, a connu un nouveau rebondissement ce mercredi devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).
Poursuivi pour des faits présumés de détournement de deniers publics, de blanchiment de capitaux, de corruption, de prise illégale d’intérêts et de faux en écriture publique, l’ex-responsable communal voit désormais son dossier orienté vers la chambre de l’instruction.
À l’issue de l’audience, son avocat, Maître Lancinet Sylla, s’est exprimé devant la presse sur les points soulevés par la défense au cours des débats. Il a notamment indiqué avoir soulevé une exception liée au statut de candidat de son client aux élections communales prévues le 30 mai 2026. Selon lui, la loi électorale protège les candidats en interdisant toute poursuite judiciaire entre la validation des candidatures et la proclamation des résultats, afin de garantir l’égalité des chances.
L’avocat a par ailleurs regretté le rejet de cet argument par la Cour, sans explication détaillée des motifs de cette décision.
Maître Lancinet Sylla a également vivement critiqué la procédure de flagrant délit engagée par le parquet spécial, qu’il juge inadaptée à une affaire économique et financière de cette envergure. Il estime que la complexité du dossier nécessite plutôt l’ouverture d’une information judiciaire permettant des investigations approfondies.
Pour appuyer ses propos, il a évoqué l’existence d’un rapport de l’ORDEF versé au dossier, lequel recommanderait la poursuite des enquêtes ainsi que la réalisation d’un audit. L’avocat a en outre dénoncé des incohérences dans les montants avancés. Il a souligné qu’aucun chiffre ne figure dans le procès-verbal de flagrant délit initial, alors qu’un montant de 240 milliards de francs guinéens a été évoqué à la barre. Une somme qu’il juge en décalage avec les estimations du rapport d’enquête, évaluées à environ 22 milliards de francs guinéens et 70 000 euros.
Au regard de ces éléments, la Cour a finalement décidé de renvoyer le dossier au parquet spécial afin que celui-ci saisisse la chambre de l’instruction, juridiction compétente pour mener des investigations approfondies dans ce type d’affaires.
Selon la défense, cette décision marque un retour au respect des règles de procédure. Elle rappelle que, dans la pratique à la CRIEF, les dossiers de nature économique et financière doivent, dès réception du rapport d’enquête, faire l’objet d’une information judiciaire.
Enfin, Maître Lancinet Sylla a dénoncé une gestion qu’il juge précipitée du dossier, estimant que cette célérité pourrait être à l’origine de nombreuses irrégularités. Il s’est toutefois dit confiant quant à la suite de la procédure, désormais entre les mains de la chambre de l’instruction.
Mamoudou Mombeya Sow

