Quelques pistes pour réduire ou enrayer l’exode rural au Foutah

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Quelques pistes de réflexion pour relancer non seulement le débat sur cette hémorragie d’exode rural en République de Guinée, mais aussi, pour attirer l’attention des uns et des autres sur la nécessité d’œuvrer ensemble afin que des solutions durables soient trouvées pour redonner un nouveau souffle de vie à la région du Fouta Djallon, considérablement affectée par ce phénomène.

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Chaque jour, nous ouvrons les yeux et retrouvons la vie par la grâce de notre Créateur.

Ce dimanche 12 mai 2024 a été très particulier pour moi ; comme chaque matin, quand j’ai ouvert ma fenêtre pour aérer ma petite pièce de quelques mètres carrés, j’ai croisé un vent agréable qui soufflait de la direction du nord vers le sud.

La douceur de ce vent m’a rappelé des moments vécus pendant ma tendre enfance au Fouta et m’a fait penser à une mère très spéciale.
Une mère qui a eu des enfants valeureux, instruits, formidables…, malheureusement, ses enfants sont partis très loin, au point qu’ils commencent tous à oublier leur mère. Une mère qui leur avait pourtant tout donné avec amour et affection. Cette mère à la beauté splendide et merveilleuse n’est autre que le Fouta Djallon.

Le Fouta Djallon situé au nord-ouest de la Guinée connu généralement sous le nom de « moyenne Guinée » est aussi appelé le « château d’eau de l’Afrique de l’Ouest » ou « le massif primaire guinéen », s’effondre désormais de façon lente, mais progressive.
Cette belle région avec son mont Loura d’une hauteur de 1 515 m près duquel le fleuve Gambie, d’une longueur estimée de 1 225 km, prend sa source. Un fleuve qui a donné naissance à l’OMVG (Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Gambie), une institution sous régionale regroupant quatre (4) pays membres, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau et le Sénégal.

Une région dont le paysage et la végétation sont soumis à l’alternance de deux très belles saisons avec l’harmattan entre les deux. Une saison pluvieuse avec des périodes de précipitations abondantes et la saison sèche, une période pendant laquelle soufflent l’harmattan et la sécheresse dont l’aridité est modérée par le brouillard des montagnes.

C’est une région agropastorale par excellence, on y pratique l’élevage et la culture du riz, du fonio, du mil, du maïs, etc.
Ces beaux moments d’antan ne risquent d’être que de lointains souvenirs ni connus ni vécus par la nouvelle génération.

Comment redonner un nouveau souffle de vie à ce Fouta Djallon ?

Avant d’en arriver aux quelques propositions de solutions simples et concrètes que je formule, pour lesquelles je serai très attentif à votre contribution pour les améliorer afin de redonner un nouveau souffle à cette belle région, nous allons voir d’abord, l’état des lieux de la situation actuelle du Fouta.

Situation actuelle du Fouta Djallon :

– De faibles taux de densité et de natalité à cause du départ massif de la population en âge de procréer (exode rural galopant). Cette situation entraîne une disparition de nos pratiques et valeurs culturelles ainsi des pertes en termes d’affectation d’opportunités de projets de développement.
De façon générale, cette situation est la résultante de la démission de l’Etat à l’intérieur du pays, cette dérobade des pouvoirs publics au Fouta est caractérisée par un manque d’infrastructures et d’emplois dans la région au profit de Conakry.
– Un vieillissement de la population locale (plus 60 ans) ;
– Un manque cruel d’activités génératrices de revenus et/ou d’unités de production, des PME pouvant faciliter la création de richesse et le maintien des emplois sur place ;
– Un délabrement poussé de ses quelques rares infrastructures existantes : écoles, centres de santé, routes, bâtiments administratifs, etc.
– D’énormes manques d’infrastructures modernes pour tous les secteurs ;
– Des fermetures progressives de certains établissements scolaires, notamment les collèges et les lycées à cause du transfert vers les grandes villes (notamment pour Conakry et ses alentours) des élèves dès qu’ils obtiennent leur certificat d’entrée au collège.

Quelques pistes de solutions (non exhaustives) :

– Œuvrer et/ou faire en sorte que les pouvoirs publics prennent pleinement leurs responsabilités pour jouer leur rôle dans le développement local afin d’arrêter cette hémorragie d’exode rural ;
– Faire un diagnostic sérieux et un inventaire complet pour identifier les opportunités d’affaires et d’investissements de chaque préfecture ;
– Trouver des techniques et des pratiques simples et durables à l’échelle locale pour la conservation des eaux, la protection des sols et de la végétation (de toute la Guinée en générale et du Fouta Djallon en particulier) ;
– Œuvrer pour le choix de personnes-ressources, à savoir les intellectuels, les enseignants à la retraite, les anciens cadres du secteur privé à la retraite, les membres de la diaspora de retour, les jeunes…, afin qu’ils soient à la tête de toutes les communes rurales du Fouta pour en faire de véritables partenaires de développement (le fonctionnement et la gestion de quelques mairies dans les préfectures de Tougué, Pita ou Koundara en sont des illustrations) ;
– Développer des partenariats et des programmes de jumelage entre les communes du Fouta et d’autres communes et/ou villes tant au niveau sous-régional qu’international ;
– Créer une Banque Nationale pour le développement de l’agriculture de l’élevage et de l’entrepreneuriat et/ou avoir une collaboration avec la BNIG (Banque Nationale d’Investissement de Guinée) pour la mise en place d’un nouveau fonds d’investissement dédié au développement de ces secteurs prioritaires (ce fonds peut être alimenté par une politique de rapatriement de l’épargne de la diaspora, une politique de rapatriement de l’épargne des opérateurs économiques située à l’étranger ou dans les pays voisins, etc.),
– Créer un grand centre d’affaires « du marché en gros » au Fouta à l’image du centre d’affaires d’Aubervilliers en France, le « CIFA Fashion Business Center » ;
– Encourager les intellectuels et cadres professionnels du Fouta, tant au niveau national qu’à l’étranger à rechercher de nouveaux emplois ou négocier au sein de leurs emplois actuels le « Full Télétravail International » afin qu’ils reviennent s’installer au Fouta et continuer leur travail, quel que soit le lieu d’installation de leur entreprise (Enjeux de la protection des données à prendre en compte afin que des mesures robustes soient prises en compte pour protéger son entreprise contre les risques de cybersécurité et de fuite de données. Négocier également une clause juridique qui protège toutes les parties en cas de problème) ;
– Mettre en place une politique incitative de logement au Fouta afin de mettre en location toutes ces belles maisons construites dont la plupart sont aujourd’hui inoccupées ;
– Construire des hôtels, des restaurants, des stations-service et des pharmacies dans toutes les sous-préfectures du Fouta (d’ailleurs, beaucoup en ont actuellement, bravo aux ressortissants qui ont eu ces initiatives pour leurs localités d’origine) ;
– Construire des universités et des centres de formation professionnelle ;
– Recruter des enseignants et des vacataires pour combler le manque énorme d’enseignants dans la région ;
– Construire de grands centres hospitaliers-universitaires ;
– Construire des fermes et faire des aménagements modernes des plaines cultivables ;
– Mettre en place une politique d’incitation avec primes alléchantes pour le retour des jeunes citadins au chômage vers le Fouta, et surtout leur trouver une occupation durable à travers des activités génératrices de revenus.
– Mettre en place une semaine régionale de célébration des talents du Fouta Djallon à travers des concours pour des projets d’innovation, des projets entrepreneuriaux, d’arts, des concours littéraires, etc.
– Encourager et soutenir toutes les initiatives de cultures (foires, spectacles, concerts, …), de sports (tournois de football, de basketball…) de tourismes, d’artisanales, etc., visant à renforcer l’image positive de la région et son attractivité afin qu’elle soit une destination privilégiée pour les vacances.

Conclusion :
Après avoir décrit la situation et identifié quelques pistes de solutions, la question ouverte qu’il faut se poser maintenant est de savoir, comment on peut mettre en place ou en œuvre toutes ces propositions ?

Quelle est la structure qui peut piloter ces différents projets énumérés, pour quels coûts, qui va les financer et sur quels délais ?

Comment aussi harmoniser et interconnecter les initiatives portées par les ressortissants et les ONG avec les actions de développement local initiées par des autorités décentralisées (mairies), et de l’État ?

Faudra-t-il créer une ONG fédératrice à l’échelle de la région pour porter ces projets ?

Est-ce que la Coordination Nationale des Foulbés et Haali-Pular de Guinée (CNFHPG) peut pleinement jouer ce rôle ? Dans ce sens, quels seront ses moyens d’action et ses marges de manœuvre ?

Est-ce qu’il ne serait-il pas peut-être pertinent de créer une banque mutualiste pour financer ses différents projets ?

Autant de questions que de réponses, mais je vous fais confiance pour continuer la réflexion chez vous. En attendant, je vais prendre un petit café et fermer ma fenêtre.
Peut-être, on en reparlera la semaine prochaine.

Projet :

Mise en place d’un groupe de réflexion pour produire un document complet dans le cadre d’un travail intellectuel sérieux pour le développement intégré du Fouta Djallon.

La démarche serait de commencer par recruter un expert qui va faire le tour de toutes les préfectures, de toutes les sous-préfectures, voire de tous les districts du Fouta pour réaliser un diagnostic sans complaisance de la situation, recueillir des données actualisées sur les défis, les besoins ainsi que les opportunités de chaque localité.

Formuler également des propositions concrètes à la suite de ses observations.

Ensuite, le groupe de réflexion prend le relai pour produire le document final, voire produire un guide complet qui décrit, secteur par secteur, priorité par priorité tout ce qu’il faut pour le développement du Fouta Djallon.

Mamadou Djouldé DIALLO
Etudiant à l’Université Laval, Canada.
Contact : mamadou-djoulde.diallo.1@ulaval.ca